Mali : Ras Bath, le chroniqueur radio qui crée l’émeute à Bamako

Ras Bath est un animateur radio qui n’a nullement la langue dans la poche. La dernière chronique en date de ce « révolutionnaire » lui a valu d’être arrêté, le lundi dernier, et traduit en justice. Mais ses nombreux fans qui s’opposent à cette arrestation, qu’ils qualifient d’abusive, sont massivement descendus dans la rue pour protester. Les heurts qui ont éclaté entre manifestants et policiers ont causé un mort, plusieurs blessés et d’importants dégâts matériels.

Ras Bath, un tribun qui dérange le pouvoir ?


Mohamed Youssouf Bathily alias Ras Bath a en ce moment maille à partir avec les autorités maliennes. En effet, le chroniqueur radio est actuellement sous les verrous pour « atteinte aux mœurs » et « propos démobilisateurs des troupes ». À en croire le procureur, l’animateur Bathily est gardé à vue pour nécessité d’enquête, pouvant déboucher sur un procès. Mais les admirateurs de ce dernier ne l’entendent pas de cette oreille. Ils ont donc pris d’assaut le Tribunal de première instance de la Commune IV pour exiger sa libération immédiate. «Vive la liberté d’expression! », « Libérez le Che Guevara malien! » Telles étaient, en substance, leurs vitupérations contre les autorités judiciaires. C’est ainsi que la police a chargé, à coup de gaz lacrymogène, puis à balles réelles.

Au moins un mort et de nombreux blessés sont à déplorer dans le rang des contestataires. En retour, ces derniers ont calciné un pick-up de la garde nationale et d’autres véhicules stationnés aux abords du palais. Les vitres de certains bureaux du temple de Themis et des pare-brises de pick-up des policiers ont également volé en éclats. Traduisant toute sa détermination pour la libération de son animateur préféré, l’un des manifestants a martelé : « Nous avons décidé de mourir pour la libération de notre Rasta. Nous ferons tout pour sa libération. » Puis il ajoute : « S’il faut marcher nous marcherons, s’il faut casser nous allons casser, s’il faut tuer nous allons tuer. Et même s’il faut faire un coup d’État pour libérer Rasta, nous allons le faire. »

Ras Bath ou l’art de la satire enivrante

Il faut noter que Ras Bath aime la jouer « Carte sur table ». À travers cette émission radiophonique, ses diatribes acerbes à l’encontre d’Ibrahim Boubacar Kéita (IBK), de certaines personnalités politiques et des responsables des Forces Armées Maliennes (FAMa) devenaient de plus en plus embarrassantes. Aimé par les uns et détesté par les autres, il est en ce moment un personnage très controversé dans un Mali en quête de repères. Mais voulant se poser en éveilleur de conscience, il ne manque aucune occasion pour fustiger les tares de sa société. Cette attitude lui a valu d’être adulé par un public en quête de « liberté d’expression » et de « vérité ». Car, dit-on, il a l’audace de dire tout haut ce que la plupart des Maliens pensent tout bas.

Pour critiquer, il faut avoir la tête pleine et bien faite, et Bath semble parfaitement faire corps avec ce dicton. C’est un juriste doctorant en droit des affaires à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis au Sénégal. Il est titulaire d’une Maîtrise en droit des affaires, obtenue à la Faculté de Sciences Juridiques et Politiques de Bamako. En outre, il a obtenu un Master II en Contentieux des affaires à l’Université Cheick Anta Diop de Dakar. Il est le fils de Mohamed Ali Bathily, ministre des Domaines de l’Etat et des Affaires foncières. Connu comme un adepte de Reggae, il préside la très célèbre Association Communauté des Rastas du Mali (CORASMA). À la lueur de son parcours, ceci pourrait certainement expliquer cela…

 

Rufus Polichinelle

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