BELCO BAH AU SUJET DE LA CRISE AU CENTRE DU MALI : «Il n’y a ni de guerre communautaire ni de conflit entre Peulhs et Dogons au centre»

La triste situation au centre du pays a atteint un niveau où le vivre ensemble entre Dogons et Peuls semble être d’une autre époque. Avec d’innombrables victimes de part et d’autre et la suppression de villages entiers, le climat social et politique ne laisse plus les élus des deux communautés indifférents. C’est le cas du député élu à Niono, Belco Bah, qui accuse   la milice « Dan Amassagou ».  Interview !

La Preuve : aujourd’hui, le centre du Mali est embrasé par une crise sécuritaire galopante, comment la population vit-elle cette situation ?

Belco Bah : la population vit cette situation il y  bientôt deux ans. C’est un drame  que vit la population. Nous le vivons avec la plus grande préoccupation. Ceux qui sont au centre et nous, ressortissants,  qui sommes à Bamako. Nous avons usé de tous les moyens auprès des autorités pour une prise en compte de ces préoccupations. Malheureusement, nous n’avons pas eu d’oreille attentive. Je dis, je répète, des gens tapis dans les allées du pouvoir ont sciemment cultivé l’amalgame pour dire que tous les Peuls sont des terroristes. Toutes les attaques qui se passent, on voit toujours les Peulhs. Cet amalgame est entretenu et a fait des effets dévastateurs.

D’aucuns estiment qu’il y a une guerre intercommunautaire au centre du pays, qu’en pensez-vous?

Je m’inscris en faux. Il n’y a pas de guerre intercommunautaire au centre. Il n’y a pas de conflit entre Peulhs et Dogons. J’ai toutes les raisons de le dire. Car au moment où je vous parle, il y a des villages peulhs et dogons qui vivent en parfaite symbiose. Ceux qui commettent quotidiennement ces attaques ne sont pas des chasseurs.  Ils portent les accoutrements des chasseurs. Sinon, c’est une milice qui a bénéficié des appuis dans l’ombre. Si c’était une guerre entre deux ethnies, on ne trouverait pas des villages des deux ethnies vivant en harmonie. C’est une milice bien formée, bien entretenue qui sème la terreur au centre du Mali. Quand vous voyez la logistique de cette milice, quand vous voyez  le nombre, les différents camps au su et au vu de l’Etat, j’affirme que c’est une milice. Il y a un village peulhs, Guéorou, où cette milice s’est introduite pour tuer toute l’assistance d’un baptême, y compris l’imam, le nouveau-né et sa maman.  A cela s’ajoute le drame d’une famille du village peul de Diankabou qui partait rejoindre le village dogon d’Ireli sur les falaises. La même milice a massacré toute la famille de neuf personnes dont deux femmes et leurs bébés. J’ai plusieurs fois interpellé les autorités pour qu’elle retire le récépissé de  Dan Amassagou car, ils brandissent ce document au motif que c’est une autorisation pour eux de tuer les Peulhs. Mais, j’ai été surpris qu’un ministre me dise qu’on ne peut retirer ce récépissé qu’à l’issue d’un Conseil des ministres. Le refus de la suspension de récépissé me fait croire que l’Etat, à un certain niveau, à une part de responsabilité.

Et pour autant, Dan Amassagou dément être impliquée dans les récentes attaques meurtrières.

Qu’on ne se leurre pas ; il n’y a aucune milice autre que Dan Amassagou dans cette zone. Ils ont une petite dissidence. Ils avaient un représentant à Koro, avec qui ils ont eu un problème de partage de butin. Ce dernier a été remplacé. Et celui-là aussi a quelques éléments, avec un cheik-point entre sa base à Yendianga, à 15 km de Koro. Toutes les bases de ces milices sont connues des autorités. Ce n’est vraiment pas une affaire de Donso ou de Dogon. Car, il y a plein de villages dogons qui n’approuvent pas le comportement de Dan Amassagou. Ils ont même terrorisé des villages dogons afin qu’ils adhèrent à leur cause.

 Nonobstant les multiples missions du chef du gouvernement et certains ministres, la tension reste vive, comment analysez-vous cette situation ?

C’est simple ; les ministres sont allés sept à huit fois ; ils ont fait des défilés, disons du tourisme. Car, quand on fait deux trois minutes sur le terrain, ce n’est pas pour résoudre un problème. Le Premier ministre aussi est allé deux ou trois fois. Je l’ai accompagné deux fois. Mais à chaque fois que les autorités quittent la zone, la situation s’embrase. Je me demande si ces événements se produisent par hasard.

L’Assemblée nationale a interpellé le gouvernement la semaine dernière sur cette question. Vous a-t-il donné des assurances ?

J’avoue qu’on a eu tout sauf des réponses aux questions posées.  Au lieu de répondre à nos questions, le Premier ministre s’est versé dans la généralité.  Il affirme que le gouvernement n’est pas responsable dans cette situation.  Et que c’est une situation qui date de vingt ans.  Or, on sait qui et qui étaient au pouvoir il y a 20 ans.  En manque d’argument, le gouvernement a égrené un chapelet d’intentions  qu’il n’a de cesse de répéter. On nous dit aussi que le Burkina a enregistré 86 morts. Comme pour nous dire de remercier Dieu pour n’avoir enregistré que 37 morts. Mais, de 2017 à aujourd’hui, nous avons enregistré des centaines de victimes. On connait le nombre de morts, de villages rayés de la carte. Je fais la statistique avec mon collègue Issa Togo qui est Dogon et moi Peulh. Ce ne sont pas des statistiques fournies dans les bureaux, mais obtenues sur le terrain.  Pour vous rappeler  des incohérences du gouvernement, il avait fait un communiqué annonçant le désarmement de toutes les milices, qui n’a eu aucun effet. Dan-Amassagou indique à qui veut l’entendre qu’on ne peut pas la désarmer. Et que si on s’hasardait à le faire, ils vont dénoncer les commanditaires.

Avez-vous un appel à lancer à la population malienne en général et celle du centre en particulier ?

Il faudrait que tous les Maliens sachent que cette situation n’arrange personne. Ceux qui ont des calculs politiciens, pensant que le désordre peut leur profiter, se trompent. Les commanditaires ou ceux qui ont les moyens d’empêcher les crimes et qui ne le font pas, pour moi, ils ont la même part de responsabilité que les auteurs de ces attaques meurtrières. Ce, vis-à-vis de la religion et de la conscience.

J’appelle la population du centre à ne pas se laisser instrumentaliser car, elle n’a aucun intérêt dedans. Je suis Peulh, mais au village, je n’ai pas d’ami peulh, ils sont tous des Dogons et des Sonrhaïs. 

J’aimerai préciser que la tentative de faire croire à l’opinion que ces attaques sont perpétrées par des étrangers ne passe pas. Car, j’ai des camarades de promotion qui sont dans cette milice. L’ancien maire de mon village, à Diankabou, il est dans cette milice. L’autre camarade de promotion, qui est de Youyou, y participe également.

Cette milice n’a pas l’aval de la communauté dogon.

Nous exhortons le président de la République à s’impliquer personnellement dans la   gestion de cette crise qui n’a que trop duré. Car, pour nous, il est l’autorité élue. C’est lui qui a eu la confiance du peuple et non quelqu’un d’autre. A ce titre, il doit garantir la sécurité de tous les Maliens. Nous avons confiance au Président de la République. On espère qu’avec son implication personnelle, les choses rentreront dans l’ordre. Nous souhaitons qu’il s’implique et obtienne des informations précises. Car, je suis persuadé qu’il y a des informations qu’on ne lui donne pas, ou on lui donne des informations tronquées.

Réalisée par Oumar KONATE

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